Ces scènes du 15 avril nous ont tous bouleversés : la grande cathédrale de Notre-Dame de Paris est la proie des flammes et la flèche qui tombe alors que nous nous sentions tous impuissants.

Nous nous inquiétions pour le grand orgue de Notre-Dame. Selon les médias français, il n’aurait pas été gravement endommagé, mais devra subir un grand travail de restauration qui nécessitera un démontage complet. Il faudra également s’assurer que les structures soient encore assez solides pour soutenir un tel instrument.

Cette sollicitude démontrée par le monde entier pour ce chef-d’œuvre de la facture d’orgue nous rappelle que dans notre arrondissement, nous possédons un très grand instrument qu’il nous faut chérir et protéger : l’orgue de l’église du Très-Saint-Nom-de-Jésus (TSNJ) à Maisonneuve.

L’orgue de TSNJ est inauguré le dimanche de Pâques 4 avril 1915. Il est l’œuvre des frères Samuel et Claver Casavant de la Maison Casavant de Saint-Hyacinthe. Il est second en importance à l’orgue de Notre-Dame de Montréal, également un opus de la Maison Casavant. Il compte 90 jeux répartis sur deux orgues : 69 jeux à l’orgue de tribune et 21 à l’orgue de chœur.

Le lien entre l’orgue de Notre-Dame de Paris et celui de TSNJ est le célèbre facteur Cavaillé-Coll (1811-1899). Celui-ci termine en 1868 ce que plusieurs considèrent comme son chef-d’œuvre : l’orgue de Notre-Dame de Paris avec ses 86 jeux, soit un nombre assez semblable à celui du Casavant de TSNJ de 1915. Mentionnons que l’orgue actuel de Notre-Dame compte un total de 115 jeux à la suite de nombreuses restaurations dont la dernière ne date que de 2014.

Cavaillé-Coll est le plus important facteur d’orgue français du 19e siècle. Il est possible que les deux frères Casavant, lors de leur séjour en Europe, aient travaillé avec Cavaillé-Coll ou, du moins, aient pris connaissance de toutes les innovations de ce célèbre facteur : utilisation de machines Barker, jeux harmoniques, récit expressif, pressions multiples et plans sonores pour en faire un instrument orchestral. Il en vient à créer un orgue qu’on dit « symphonique » qui donne l’illusion d’imiter presque tous les groupes de l’orchestre.

Dans les orgues Casavant, les machines Barker sont remplacés par une traction électro-pneumatique (utilisation de fils de cuivre et d’électro-aimants pour commander l’arrivée d’air dans les tuyaux). Cavaillé-Coll a beaucoup utilisé les jeux harmoniques (un trou dans le tuyau donne l’octave) comme la flûte harmonique que l’on trouve dans l’orgue de TSNJ. Celui-ci possède également un Récit expressif comme dans les orgues Cavaillé-Coll. Une pédale d’expression permet d’actionner des jalousies pivotantes pour créer un effet d’éloignement ou de rapprochement. Le Récit expressif contient des jeux non présents dans l’orgue classique français comme la Gambe, la Voix céleste et une batterie d’anches puissantes comme le Basson 16’, le Cor 8’ et le Clairon 4’ dans l’orgue de TSJN. Le Récit expressif est pourvu dans les deux orgues en question d’un tremblant appelé trémolo. Casavant, tout comme Cavaillé-Coll, utilise des pressions multiples, particulièrement très fortes pour les jeux d’anches (l’air fait vibrer une languette) comme la Bombarde, la Trompette ou le Clairon.

Cependant, bien que l’orgue de TSNJ emprunte beaucoup à Cavaillé-Coll, son esthétique est plutôt anglo-américaine avec un clavier comme le Solo expressif et de nombreux jeux très populaires en Amérique du Nord, mais très peu utilisés de nos jours. En 1986, on amorce le projet de restauration de l’orgue de TSJN, projet qui se terminera en 1999. Le rapport du comité d’experts formé pour proposer un nouveau devis de l’orgue souhaite renouer avec l’esthétique symphonique française et l’harmonisation chère au grand facteur français Aristide Cavaillé-Coll. C’est la maison Casavant qui est retenu pour effectuer les travaux. L’orgue de TSNJ possède maintenant un heureux mélange de jeux caractéristiques de l’orgue classique français et de jeux harmonisés à la Cavaillé-Coll comme les jeux d’anches du Grand Orgue, du Récit et de la Bombarde.

L’orgue de Très-Saint-Nom-de-Jésus est un élément du patrimoine à préserver. Son importance dans le milieu organistique de Montréal et du Québec mérite qu’on travaille à sa préservation en assistant nombreux aux concerts d’orgue et en participant aux campagnes de financement de la paroisse.

André Cousineau

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