Viewbank

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Cette magnifique villa, surnommée Viewbank, fut construite en 1866. On pouvait l’admirer au sud de la rue Notre-Dame, entre les futures rues William-David et Bennett. À cette époque, la partie est d’Hochelaga, appelée à devenir la Ville de Maisonneuve en 1883, prenait l’allure d’une campagne. On y trouvait d’immenses domaines en bordure du fleuve, propriétés d’hommes d’affaires anglo-montréalais. Le premier propriétaire de Viewbank, James Dakers (1810-1885), est un exemple typique du « self-made-man ». Né en Écosse, il immigra à Montréal en 1840. Sept ans plus tard, en 1847, il fut embauché par la nouvelle Montreal Telegraph Company, la première à établir un réseau télégraphique au Canada-Uni. Dakers gravit rapidement les échelons de l’entreprise. Peu de temps avant sa retraite, en 1882, il occupait le poste de secrétaire du conseil d’administration.

Dakers quitta Viewbank en 1873 pour se rapprocher du centre-ville. Il loua la maison à Joseph Barsalou, encanteur, puis lui vendit l’année suivante. Après la mort de Barsalou, survenue en 1897, la villa fut louée à différents occupants jusqu’à sa vente à la Dominion Oil Cloth en 1910. C’est Hector Barsalou, fils de Joseph et fondateur de la célèbre savonnerie à l’origine de la déviation du pont Jacques-Cartier à Montréal, qui s’occupa de la vente. Peu de temps avant sa démolition, en 1928, la villa servit de laboratoire pharmaceutique.

📷: Résidence de James Dakers à Hochelaga, 1866 (Musée McCord)

Garage Rivest

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Ouvert en 1939, le garage Rivest était situé au coin des rues Sherbrooke et de Cadillac. Il importe de rappeler que la rue Sherbrooke, peu urbanisée jusqu’aux années 1960, a longtemps servi d’autoroute sans porter le nom. Dans Mercier et Pointe-aux-Trembles, on pouvait y circuler à 70-80 km/h sur de longues distances tout en admirant le paysage rural aux pourtours. Après la rue Notre-Dame, c’était le principal axe insulaire est-ouest. Pas étonnant donc d’y voir s’installer, à partir des années 1930, des stations-service auxquelles s’ajouteront des motels (Fontainebleau, Marquis, Lucerne) et des centres commerciaux durant l’essor de l’automobile d’après-guerre. Véritable référence pour les gens de Notre-Dame-des-Victoires, le garage Rivest fut exproprié par la Commission de transport de la Communauté urbaine de Montréal (CTCUM) pour le prolongement du métro, en 1972. On y trouve aujourd’hui l’édicule sud-est de la station Cadillac, inaugurée le 6 juin 1976. La disparition du garage coïncida avec l’arrivée du concurrent Canada Tire en face sur la rue de Cadillac.

Et non … ce n’était pas un avis de recherche sur le poteau à gauche. Il s’agissait plutôt d’une affiche électorale de François-Albert Gatien, député provincial de Maisonneuve (Union nationale) entre 1944 à 1952. On voit également l’édifice de Bell en construction.

📷: Garage Rivest, angle Sherbrooke et Cadillac, 21 juillet 1948 (Archives de la Ville de Montréal, VM95-Y-1-5_21-001)

Anne Courtemanche

Une sage-femme à Saint-François d’Assise au 18e siècle: Anne Courtemanche 

Publié le 7 mai 2016

Anne Courtemanche est baptisée le 9 mars 1666 à Notre-Dame de Montréal. Elle est la fille d’Antoine Courtemanche et d’Élisabeth Haguin. Elle épouse Laurent Archambault à Pointe-aux-Trembles le 3 novembre 1686. Laurent Archambault est le fils de Laurent et de Catherine Marchand. Laurent Archambault père est né en France. Il arrive en Nouvelle-France vers 1645 avec son père Jacques, sa mère Françoise Tourault et cinq frères et sœurs.1

Le couple s’installe à Longue Pointe après le mariage comme en fait foi l’acte de baptême de leur fille Marie-Angélique le 4 mars 1694. Par l’aveu et dénombrement de 1731, on sait que Laurent Archambault possède à St-François trois arpents de terre de front sur quarante arpents de profondeur avec maison, grange et étable. Sur 120 arpents de superficie, 60 sont de terre labourable et 6 de prairie. La terre de Laurent Archambault correspond au numéro 400 du cadastre de 1876, une des deux terres que Pierre Tétreault acheta en 1896 pour former le cœur de Tétreaultville.

Le couple Archambault-Courtemanche aura 9 enfants, tous baptisés à Pointe-aux-Trembles sauf Marie-Madeleine, baptisée à Notre-Dame de Montréal. Pour le bénéfice de nos lecteurs, mentionnons que la paroisse de St-François est érigée canoniquement en 1722 et formée d’une partie de la paroisse St-Enfant-Jésus de la Pointe aux Trembles et d’une partie de Notre-Dame de Montréal. Les registres ne s’ouvrent qu’en 1724. Tous les actes de la famille d’Anne Courtemanche sont donc enregistrés à Pointe aux Trembles.

Elle est la marraine des enfants suivants :

  • Antoine Desmarets, né le 9 et baptisé le 11 décembre 1701 à Notre-Dame;
  • Pierre Chevaudier, né le 1 mars 1702 et baptisé le lendemain à Pointe-aux-Trembles (PAT);
  • Jean-Baptiste Laurion, né le 13 et baptisé le 14 mars 1702 à PAT;
  • Jean-Baptiste Maréchal, baptisé le 8 juillet 1705 à PAT;
  • Marie-Anne Charpentier, baptisée le 31 octobre 1705 à Rivière-des-Prairies;
  • Joseph Charretier, né et baptisé le 13 février 1723 à PAT;
  • Marie-Anne Chadillon, née le 30 et baptisée le 31 juillet 1723 à PAT;
  • Anne Marguerite Martel, née de père inconnu, fille de Marguerite Martel, née et baptisée le 15 mai 1725, à St-François;
  • Joseph Joachim Beaudry, né le 25 et baptisé le 26 février 1731 à PAT (petit-fils).

On sait qu’elle est sage-femme par trois mentions dans les registres :

  1. Dans l’acte de baptême des frères Alexis et Jean-Baptiste Dumay, nés et baptisés le 17 juillet 1722 à Pointe-aux-Trembles, il est écrit que les enfants ont été «baptisés par la sage femme Anne Courtemanche».
  2. Dans l’acte de baptême de Charles Goguet, né le 30 septembre et baptisé le 1 octobre 1725 à St-François, il est mentionné que Charles a «été baptisé à la maison par la sage femme nommée Anne Courtemanche»
  3. Dans l’acte de baptême de Cécile Amable Sicar, née le 3 et baptisée le 4 janvier 1730 à Pointe-aux-Trembles, on dit que l’enfant «qui était en danger de mort après la naissance a été ondoyée par Anne Courtemanche sage femme».2
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Acte de baptême de Charles Goguet avec la mention «a été baptisé a la maison par la sage femme Anne Courtemanche a cause de maladie», Registres de Saint-François, Archives nationales du Québec

Son nom est mentionné dans les registres uniquement parce qu’on craint pour la vie des enfants et que ceux-ci doivent être absolument baptisés. Il est presqu’assuré qu’elle a accouché tous ses petits-enfants. D’ailleurs, elle est la marraine de son petit-fils Joseph Joachim Beaudry, fils de Marie-Angélique Archambault et de Jacques Beaudry. Elle est mentionnée à huit reprises à titre de marraine entre 1701 et 1731. A-t-elle travaillé durant toutes ces années? Difficile à dire. Précisons toutefois que ses deux derniers enfants, Marie-Anne et Antoine, naissent respectivement en juin 1703 et janvier 1706. Une seule chose est sûre. Elle est sage-femme de 1722 à 1730. Comment devient-elle sage-femme? D’abord parce qu’elle a accouché de neuf enfants. Ensuite sûrement par l’exemple donné par sa mère, ses sœurs et d’autres femmes du village.

En 1703, Mgr de Saint-Vallier publie Le Rituel du diocèse de Québec dans lequel on trouve une première mesure de démocratie pour les femmes. Il recommande aux curés de chaque paroisse de procéder à l’élection des sages-femmes. «Lorsqu’il faudra élire une sage femme, les curés assembleront les plus vertueuses et les plus honnêtes de leur paroisse, pour élire en sa place celle qu’elles croiront en conscience être la plus fidèle, la plus prudente, & la plus propre à cette fonction.»3. Il est donc probable qu’au moins de 1722 à 1730, Anne Courtemanche ait été élue par les paroissiennes de St-François.

Comment procédait-elle lors d’un accouchement? Lorsque les contractions commencent et que bébé va bientôt se présenter, on chasse mari et enfants. L’accouchement ne se fait qu’en présence de femmes : la sage-femme, la releveuse, la grand-mère, des voisines venant aux nouvelles.

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Tiré du site du baccalauréat en sage-femme de l’UQTR

D’après les images d’époque en France, il est fort possible que la femme accouche en position assise. Les sages-femmes sont devenues expertes dans l’utilisation de plantes médicinales comme l’ergot, un champignon parasite des céréales. Ce champignon aide à soulager les douleurs de l’accouchement. Elles utilisent également la belladonne pour éviter les spasmes conduisant aux fausses couches. Une autre recette nous est donnée par une animatrice des Fêtes de la Nouvelle-France, personnifiant la sage-femme Marie-Barbe St-Amour. «Versez du poivre et hachez un oignon dans une soucoupe. Renversez cette soucoupe sur le ventre de la mère et maintenez-la bien en place avec une corde. La mère dit rester allongée ainsi pendant 48 heures. Ce remède est d’une remarquable efficacité. Au bout de deux jours, on n’a plus mal au ventre, même si on peut avoir mal ailleurs.» L’article cité mentionne que la nouvelle mère bénéficiait d’un congé de maternité de neuf jours.4

Anne Courtemanche meurt le 4 août 1737 et est inhumée deux jours plus tard dans le cimetière de St-François d’Assise. Son mari lui survécut jusqu’au 29 mars 1749. Une rue dans le Faubourg Contrecoeur porte son nom, tout juste à l’ouest du parc Carlos-d’Alcantara.

  1. PRDH, Programme de recherche en démographie historique, Université de Montréal
  2. Registres disponibles aux Archives nationales du Québec
  3. Rituel du Diocèse de Québec publié par l’ordre de Mgr de St-Vallier, Paris, Simon Langlois, 1703, microfiche de l’édition originale se trouvant à la Bibliothèque nationale du Canada et numérisée par University of Alberta Libraries
  4. Cité dans Le Soleil, 8 août 2009