SEMAINE SPÉCIALE «LA BOLDUC» DU 24 AU 30 SEPTEMBRE 2018!

La Bolduc – Dépliant des activitées

24 septembre, 19h – Entrevue avec Fernande Bolduc en

première partie du Ciné-Club

Maison de la culture Maisonneuve

25 septembre, 19h à 21h – Séance de signature et vente du livre « La Bolduc, ma voisine » de Francine St-Laurent. Présenté par Duclos-les-livres

Maison de la culture Maisonneuve (Salle Le Cube)

26 septembre, 18h à 21h – Inauguration de la murale de La Bolduc et de la plaque des bâtisseuses du quartier

Maison de la culture Maisonneuve

27 septembre, 18h à 21h – Concert extérieur : chansons de La Bolduc et musique traditionnelle

Maison de la culture Maisonneuve

Journées de la culture

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28 septembre – Musée Dufresne Nincheri – http://www.chateaudufresne.com/index.html

18h à 18h30 – Le Garage en musique en concert de la Fondation Dr.Julien

17h à 19h30 – Entrée libre et animation de l’exposition temporaire La Bolduc s’installe au Château

17h à 20h – Visites guidées en Vélopousse « Spécial Bolduc »

29 septembre

10h à 12h et 15h à 17h – Visites guidées à pied « Sur les traces de La Bolduc »

Départ du marché Maisonneuve
Réservation : caroline.ahmhm@gmail.com

13h à 16h30 – Ateliers créatifs musicaux sur le thème de La Bolduc

Musée Dufresne-Nincheri
Réservation

30 septembre – Église du Très-Saint-Nom-de-Jésus

11h à 17h – Visites guidées de l’église

Départs fréquents selon la demande

13h, 14h et 15h – Mini-concert de M. le curé Robert Allard

 

LaBolduc

Mary Rose Anna Travers est née à Newport en Gaspésie le 4 juin 1894. Son père, Lawrence Travers, un anglophone d’origine irlandaise, épouse en deuxième noce une francophone, Adeline Cyr. Mary Rose Anna Travers apprend l’anglais et le français par le biais de son père et de sa mère Adeline. Nourrir douze enfants étant un fardeau lourd à porter pour le père de famille, donc les frères et les sœurs de Mary doivent quitter le foyer au début de leur adolescence. En 1907, lorsque Mary atteint son treizième anniversaire, sa demi-sœur Mary-Ann, qui occupe un emploi de domestique à Montréal, la fait venir près d’elle. Pour la jeune Mary Rose Anna, il s’agit là de sa toute première expérience de l’indépendance et de la vie à l’extérieur de Newport. Son premier voyage en train Atlantique Québec Western Railway l’amène de son petit village de campagne de 1 500 âmes jusqu’à Montréal et à ses 350 000 personnes.

Elle travaille avec sa sœur chez le docteur Albert Lesage. La famille Lesage habite dans une résidence cossue située au 36, rue Laval dans le square Saint-Louis à Montréal. À cette époque, Mary Rose Anna Travers devait gagner environ 15$ par mois, gîte, nourriture et lavage inclus. Par la suite, elle va travailler dans une manufacture de robes pour un salaire quatre fois plus élevé que celui qu’elle gagnait chez les Lesage.

Mary Rose Anna Travers possédait également d’autres talents que celui de couturière. Elle était une musicienne hors pair. Grâce à son père irlandais, elle avait appris très jeune à jouer différents instruments de musique, comme du violon, de l’harmonica, des cuillères et de la guimbarde. Musicienne dans l’âme, il est on ne peut plus normal que Mary s’intéresse particulièrement aux soirées de musique et se fasse ainsi de nouveaux amis. Il est possible que ce soit dans le cadre d’une de ces soirées amicales qu’elle ait rencontré son futur époux, Edmond Bolduc, un jeune plombier. Mary a alors 20 ans.

Le 17 août 1914, Mary convole en justes noces avec ce bel ouvrier. Le jeune couple vit sur la rue Beaudry dans un quatre-pièces sans eau chaude, les naissances se succèdent, et le niveau de vie baisse. La Première Guerre mondiale est déclenchée. Les légumes frais sont coûteux, l’eau est douteuse et le lait non pasteurisé; des maladies infectieuses emportent les jeunes enfants. Pour conjurer le mauvais sort, les Bolduc déménagent tous les deux ans et s’exilent même durant un an en Nouvelle-Angleterre pour y chercher du travail. Le 1er mai 1924, la famille Bolduc emménage dans un logis assez confortable et spacieux au 302, rue Dufresne. La situation se stabilise et les quatre enfants survivants (sur 13 !) grandissent dans un foyer canadien-français comme tant d’autres.

                   Famille
1919, Mary Rose Anna Travers avec son époux et trois de leurs enfants, Denise, Jeannette et Lucienne

 LE CONTE DE FÉES D’UNE MÉNAGÈRE ET COUTURIÈRE

Il semblerait que le fabuleux destin de Mary Rose Anna Travers a commencé le jour où elle et son époux, Édouard Bolduc, organisent à la maison des soirées de musique entre amis gaspésiens venus se réfugier tout comme Mary à Montréal pour se sauver de la « misère noire » qui règne sur la Côte. Parmi ses amis gaspésiens, il y a Gustave Doiron, un danseur de gigue très talentueux. Celui-ci fait partie d’une troupe musicale populaire, les Veillées du bon vieux temps, qui offre des spectacles au Monument national. Un jour, la troupe doit remplacer au pied levé le violoneux Wellie Ringuette. Gustave Doiron suggère donc à Conrad Gauthier, le fondateur de la troupe, de prendre Mary Rose Anna Travers pour le remplacer d’une manière temporaire. Enchanté par les belles prestations musicales de la Gaspésienne, Conrad Gauthier l’invite à livrer d’autres performances sur scène dans les semaines à venir.

MonumentLa Bolduc au Monument national

La talentueuse violoneuse fait non seulement une très bonne impression auprès de Conrad Gauthier, mais également auprès d’Ovila Légaré, l’un des artistes des Veillées du bon vieux temps. Légaré est notamment connu en raison de ses enregistrements et de ses passages à la radio où il anime avec talent des programmes de musique folklorique. Le disque fait également connaître Légaré le folkloriste. Il enregistre de nombreux disques 78 Tours chez Starr-Gennett. Un jour, il demande à Mary Rose Anna Travers si elle peut l’accompagner au violon et à la guimbarde pour son prochain disque. C’est grâce à ces séances d’enregistrement en studio que Mary fait la connaissance du producteur, Roméo Beaudry, considéré comme l’un des plus importants producteurs d’artistes canadiens de la première moitié du XXe siècle. Oliva Légaré et le violoneux, Joseph Ovila LaMadeleine, un autre artiste très réputé chez Starr-Gennett, n’ont que bons mots pour Mary. Leurs louanges ne tombent pas dans l’oreille d’un sourd. En effet, Roméo Beaudry* est réputé pour avoir un flair artistique très élevé. Il entrevoit très bien le talent de la Gaspésienne. Il lui propose donc un contrat. Elle doit enregistrer quatre disques au courant de l’année, une chanson par face. Il lui offre 25$ par surface donc 50$ par disque. L’artiste reçoit aussi un sou par chanson pour un disque vendu.

* Avant de rencontrer madame Bolduc et de lui produire ses disques, Roméo Beaudry était déjà connu du grand public. Le tragique incendie du Laurier Palace qui a lieu le 9 janvier 1927 dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve (1683, rue Saint-Catherine Est / aujourd’hui le 3215) – l’un des pires drames du XXe causant la mort de 78 enfants – l’avait par ailleurs terriblement marqué. Pour l’occasion, il composa la chanson « Il  fallait des anges au paradis. » 

Le 12 avril 1929, Mary entre dans le studio de Starr-Gennett pour enregistrer ses deux premières surfaces. Elle a choisi les deux airs avec l’aide du compositeur et accordéoniste, Alfred Montmarquette, et du compositeur et pianiste, Louis-Roméo Beaudry. Elle a répété avec le guitariste, Médor Levert, un neveu d’Édouard Bolduc. Les deux premières chansons sont, Y a longtemps que je couche par terre et La Gaspésienne. Cependant, ce premier disque ne remporte pas le succès escompté. Le 13 août 1929, elle se présente de nouveau pour l’enregistrement de son deuxième disque. Il s’agit encore une fois d’une pièce instrumentale (harmonica et guitare) intitulée Gendre et belle-mère. Quant à l’autre pièce Quand on s’est vu, un mystère plane sur la voix masculine qui l’interprète. Certains historiens prétendent qu’il pourrait s’agir du producteur lui-même, Roméo Beaudry. Ce qu’il serait possible puisque l’homme d’affaires possède de multiples talents; il est également auteur et musicien. Cependant, le succès n’est pas encore au rendez-vous. Le 22 novembre, Mary revient en studio pour enregistrer son troisième disque avec deux pièces instrumentales : La valse de Denise et Reel de la goélette. De nouveau, son disque n’attire pas foule. Le 4 décembre quand Mary se présente pour enregistrer son dernier et quatrième disque, elle a un nœud à la gorge et elle est rongée par l’angoisse. Même si Roméo Beaudry est un homme de parole et respecte les contrats qu’il signe avec ses artistes, c’est sans enthousiasme qu’il produit ce dernier disque. Il faut dire que les temps sont difficiles. Le krach boursier de 1929 qui engendre une grande crise économique met en péril plusieurs industries, dont celle du disque. Mary interprète Johnny Monfarleau et La cuisinière. Contre toute attente, cette dernière chanson devient rapidement un grand succès. Les gens font la file devant Archambault Musique pour se procurer ce 78 tours. Notre couturière issue d’une pauvre famille de la Gaspésie ignore alors que sa chanson La cuisinière marquera le début d’une grande carrière musicale.

Son humour empreint d’un espoir à toute épreuve et sa musique entraînante agrémentée de son célèbre « turlutage » explique ce succès auprès d’une population qui, plongée dans la misère à cause de la grande crise économique, a bien besoin de se faire remonter le moral.

Reine du foyer vaquant à ses obligations domestiques et familiales, comme il était le devoir de toutes bonnes épouses à l’époque, Mary est également attentive aux petits gestes quotidiens des ouvriers qu’elle aime relater dans ses chansons. Sensible à ceux qui travaillent dur dans les usines pour des salaires de crève-faim, aux chômeurs, aux démunis et aux familles qui élèvent une trâlée d’enfants dans la misère, Mary écrit des paroles qui sont un véritable baume de réconfort. Nous n’avons qu’à penser à des chansons comme Ça va venir ne vous découragez-pas.

 Mes amis je vous assure que le temps est bien dur.

Il faut pas s’décourager. Ça va bien vite commercer.

De l’ouvrage, il va y en avoir pour tout le monde cet hiver.

Ça va venir pis ça va venir, mais décourageons nous pas.

Moi, j’ai toujours le cœur gai et j’continue à turluter.

                                                                  Dépression Plusieurs familles en arrachent durant la Grande dépression 
Source : http://www.stephanetessier.ca/exode.htm
Saut Source : http://pavilly-4ohm.spip.ac-rouen.fr/spip.php?article13

Son succès l’entraîne à faire non seulement des tournées musicales au Québec, mais également en Nouvelle-Angleterre où elle est connue par les familles canadiennes-françaises immigrées aux États-Unis.

C’est au cours d’une de ces tournées qu’un drame se produit dans le district Sacré-Cœur de Rimouski, le 25 juin 1937. La voiture dans laquelle se trouve Mary et sa troupe, suivie d’une remorque, est frappée de front par une voiture venant en sens inverse. C’est Henri Rollin, le gérant de la tournée musicale, qui était au volant au moment de l’accident. Il n’a pas été en mesure d’éviter la voiture d’un certain M. Bilodeau de Québec, vendeur d’appareils de rayon X. Lors de l’impact, Mary a passé à travers le toit pour aller s’écraser sur la route. Le choc est terrible : elle a une fracture du nez, une fracture ouverte de la jambe droite, une fêlure à la colonne vertébrale et une fracture du bassin. Elle est aussitôt conduite à l’hôpital Saint-Joseph de Rimouski où elle séjourne pendant plusieurs jours.

Son retour à la maison (1462, avenue Letourneux dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve) ne passe pas inaperçu. Alertés par l’arrivée d’une ambulance toute blanche de la maison Vandelac, des curieux et des voisins s’attroupent aussitôt devant la demeure pour l’applaudir et pour lui dire des mots d’encouragement. Cependant, puisqu’un malheur n’arrive jamais seul, elle apprend plusieurs semaines après son accident une très mauvaise nouvelle qui a sur elle l’effet d’une bombe. En effet, inquiet du fait que certaines de ses blessures tardent à guérir, son médecin lui recommande de passer d’autres examens. Les résultats sont sans appel : Mary a le cancer.

Avec une force de caractère incroyable, elle décide de livrer une bataille sans merci contre cette maladie qui la ronge et entreprend des traitements à l’Institut du radium de Montréal, présentement la bibliothèque de Maisonneuve. À ses yeux, la crème finit toujours par remonter à la surface. Avec sa gaieté de cœur habituelle, elle fait la joie du personnel soignant, des Sœurs Grises, des infirmières et surtout des patients, en chantant ses chansons et en leur jouant du violon. Lorsque l’Institut lui accorde quelques congés et qu’elle retourne à la maison, ses enfants ne se font aucune illusion en la voyant. Ils savent que les moments qu’ils peuvent encore passer avec elle se comptent à présent sur les doigts de la main. On lui a dit deux, trois ou peut-être quatre ans encore. Cependant, les quelques mots, Ne vous découragez pas d’une de ses chansons semblent trouver écho auprès d’elle. Prenant son courage à deux mains, Mary décide de profiter pleinement du peu de temps qui lui reste et poursuit ses tournées de spectacles avec une volonté incroyable. Son dernier spectacle aura lieu au théâtre Cartier à Saint-Henri (3976-3980, rue Notre-Dame Ouest) en décembre 1940, spectacle qu’elle termine de peine et de misère. On lui avait dit : trois ans, quatre ans… on n’a pas eu tort.

À son retour à la maison, elle réveille sa famille et prend le temps de parler avec chacun de ses enfants d’une manière rassurante. Puis, elle fait sa valise et retourne à l’Institut pour préparer son dernier voyage. Elle meurt le 20 février 1941.

En tant que première auteure-compositrice-interprète vedette au Québec, Mary Bolduc a une influence indéniable sur les genres de musique populaire de ses successeurs québécois. Parmi les auteurs-compositeurs-interprètes et autres musiciens québécois qui ont marché dans la foulée de La Bolduc en s’inspirant de son œuvre, nous retrouvons Félix Leclerc, André Gagnon, Clémence Desrochers, Gilles Vigneault, entre autres choses. Rien de moins!

Francine St-Laurent

BIBLIOGRAPHIE

 

BENOÎT, Réal, La Bolduc, Les Éditions de l’Homme, Montréal, 1959, 123 pages.

DAY, Pierre, Une histoire de La Bolduc, légendes et turlutes, VLB éditeur, Montréal, 1991, 132 pages.

DUFOUR, Christine, Mary Travers – Bolduc, la turluteuse du peuple, Les Éditions XYZ, Montréal, 2001, 187 pages.

REMON, Lina (avec la collaboration de Jean-Pierre Joyal), Paroles et musiques, Madame Bolduc, Les Éditions Guérin, Montréal, 1993, 235 pages.

THÉRIEN, Robert, L’histoire de l’enregistrement sonore au Québec et dans le monde 1878 – 1950, Les presses de l’Université de Laval, 2003, 166 pages.